Réflexion du fauteuil : les réalisatrices de films sont-elles victimes de discrimination
04 03 2009
La cinéaste Micheline Lanctôt appuie le groupe des Cinéastes équitables (le montage photo a été fait par l'auteur de ce blogue et ça parait!)
Les réalisatrices équitables, un regroupement d’une trentaine de réalisatrices de films dédié à la promotion du cinéma féminin, ont écrit à Téléfilm Canada pour se plaindre qu’aucun film dirigé par une femme n’a été sélectionné cette année. Elles ont fait la même chose en février à l’adresse de la SODEC pour les mêmes raisons. Ces deux organismes fédéral et provincial tiennent les cordons de la bourse des subventions aux longs métrages. Sans leur aide, il est à peu près impossible de réaliser un film au Québec.
Sont-elles victimes de discrimination? Il faudrait une vaste étude pour le déterminer, mais il est surprenant que parmi les 16 subventions accordées par les deux organismes cette année, aucune n’ira à un film réalisé par une femme. L’an dernier, parmi ceux supportés par la SODEC, il y en avait trois sur neuf. De 2002 à 2007, les réalisatrices n’ont obtenu que 13 % de l’aide financière de Téléfilm et 11 % de la SODEC. On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, mais dans ce cas-ci ça regarde mal. Les femmes sont minoritaires dans leur métier, mais ça ne peut pas tout expliquer. Il n’est pas certain non plus que s’il y a discrimination, elle soit le fait des organismes subventionnaires.
Je ne crois pas que le sexe entre en ligne de compte dans le choix des films financés. Par contre, si on regarde la liste des femmes cinéastes membres des Réalisatrices équitables, on se rend compte qu’elles font toutes du cinéma d’auteur par opposition aux films commerciaux qui sont en général le fait des hommes. C’est peut-être cela qui explique en partie le problème. Est-ce sexiste de dire que le regard des femmes est tourné vers l’intérieur alors que les hommes préfèrent se projeter vers l’extérieur en réalisant des films plus superficiels comme des comédies et des films d’action? Je ne sais pas, mais si on regarde leurs œuvres, on a l’impression que oui. Ce n’est pas qu’un phénomène québécois, c’est la même chose en France et aux États-Unis. Dans ces deux pays, pour tourner, plusieurs réalisatrices font dans la comédie romantique ou le drame sentimental. Ce n’est pas un genre que les Micheline Lanctôt et Paule Baillargeon d’ici préfèrent.
Depuis que le cinéma québécois a du succès au box-office, Téléfilm et la SODEC ont tendance à privilégier l’émergence d’une industrie cinématographique. Cela se fait au détriment du film d’auteur. La création de la prime à la performance par Téléfilm il y a quelques années en est une preuve. Il faut aussi préciser que ce ne sont pas les réalisatrices et réalisateurs qui sont subventionnés, mais les producteurs. Plus leurs films rapportent, plus ils reçoivent de subventions. Il ne faut pas se raconter d’histoires non plus, le cinéma d’auteur n’attire pas les foules et est victime de préjugé. La fréquentation en salle était à son plus bas quand il occupait toute la place dans les années 80. Par définition, le cinéma est un art de masse qui coûte de plus en plus cher et qui s’accommode de moins en moins des films marginaux et pointus.
Les producteurs sont sans doute aussi en partie responsables du problème. Ils sont en majorité des hommes qui veulent faire prospérer leur boite de production avec des films qui rapportent. Il n’y a pas beaucoup de femmes productrices. La plus importante est Denise Robert de Cinémaginaire qui a produit les films de Denis Arcand et des succès comme Maurice Richard et Aurore. Au cours des dix dernières années, elle a produit ou coproduit 30 films. Savez-vous combien ont été réalisé par des femmes? Cinq, dont trois par Denise Filiatrault. Les deux autres sont étrangères, leurs films étant des coproductions. La plus importante productrice du Québec n’a fait travailler qu’une seule cinéaste d'ici depuis dix ans. Je vous laisse tirer vos propres conclusions.
Faut-il utiliser l’argent public pour produire des œuvres de création qui n’attirent qu’un public marginal ou l’investir dans des films qui s’adressent à un large public? C’est un vieux débat qui dure encore. Les cinéastes québécoises devraient-elles abandonner le film d’auteur pour pouvoir tourner plus? Les productrices féminines devraient-elles privilégier leurs consœurs? Voilà autant de pistes de réflexion pour régler un problème d’iniquité qui est flagrant.
Lien vers le site des Réalisatrices équitables:
http://www.realisatrices-equitables.org/
Lien vers mon autre blogue:
http://lesbulles.monblogue.branchez-vous.com/
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